L'histoire

La réforme à Berne
Nous sommes en 1528. Du 6 au 26 janvier, la ville de Berne est le théâtre d'un débat théologique, la "Dispute de Berne", une assemblée qui réunit quelque 800 personnes. L'ensemble des prêtres des villes et campagnes avaient été convoqués de même que les quatre évêques de Constance, Lausanne, Bâle et du Valais. Ces derniers ne firent pas le déplacement et perdirent par conséquent tous leurs droits sur les terres bernoises. Une invitation amicale avait été également adressée aux cantons suisses et à toute une série de cités du sud de l'Allemagne.
L'Edit du 7 février 1528 consacra le passage de Berne à la réforme, cinq années après Zurich. Aujourd'hui encore, la portée historique de cet événement ne doit pas être sous-estimée. Si Berne était restée catholique, la réforme dans les autres cantons s'en serait trouvée très fortement compromise dans la mesure où la Dispute de Baden de 1526 avait clairement tourné à leur désavantage. Mais surtout, la réforme n'aurait pas connu l'essor planétaire qui a été le sien par la suite.
En passant à la nouvelle confession, Berne, alors Etat urbain le plus puissant au Nord des Alpes, devenait de facto le protecteur de la réforme à Genève, laquelle fit des émules en France (Huguenots) mais aussi en Ecosse et aux Pays-Bas et qui delà, aborda les rives du Nouveau Monde, les futurs Etats-Unis d'Amérique et le Canada et, plus tard encore, les Indes et la Corée. Au début du 16e siècle, personne bien sûr ne pouvait imaginer un tel scénario. Rétrospectivement, il convient de replacer la décision bernoise d'adhérer à la Réforme non pas uniquement sous un angle théologi-que mais surtout sous l'angle de l'histoire de l'Eglise.
La réformation à Berne ne se fit pas sans troubles. De nombreuses régions de l'Oberland rejetè-rent d'abord la foi nouvelle; à l'opposé, les Anabaptistes estimaient que la réforme de Eglise n'allait pas assez loin. La consolidation de la nouvelle Eglise réformée n'eut lieu que quatre années plus tard, lors du Synode de Berne de 1532. Le Synode a donné son premier fondement légal à l'Eglise et ses premières instructions au clergé confronté au défi de prêcher la foi nouvelle.

L'ère du confessionnalisme
Les années et décennies de confessionnalisme ont ensuite succédé à la réformation. L'Eglise ber-noise évolua dans un rôle de gardienne du nouvel ordre ecclésiastique régi par l'Etat. Elle résista ainsi à l'offensive de la contre-réforme; mais elle céda aux tentations de la répression en persécutant les communautés anabaptistes et en les contraignant à l'exil.

Piétisme et époque des Lumières
Le piétisme a insufflé un nouvel élan à la vie de l'Eglise. En réhabilitant le sentiment religieux et en prônant une piété à la fois nouvelle et profonde, ce mouvement commença à se manifester à partir du milieu du 17e siècle. Victime de persécutions à ses débuts, il s'implanta et gagna des adeptes tout au long du 18e siècle. Porté par des familles de l'aristocratie et autres personnalités qui se recrutaient dans les élites culturelles, le piétisme a marqué profondément la vie culturelle et intel-lectuelle bernoise. En apportant un nouvel élan au protestantisme, en redonnant ses lettres de noblesse à une foi vivante et en ouvrant la voie de l'édification mutuelle vécue au sein d'une communauté de foi, le piétisme brisa les chaînes d'un dogmatisme étroit et d'une Eglise figée.
Mais une nouvelle évolution se profilait avec l'époque des Lumières. A Berne, comme dans le reste de l'Europe, les individus intégrèrent dans leur existence les nouvelles valeurs dictées par l'esprit critique et la raison. Avec l'époque des Lumières s'affirmaient l'intérêt pour la nouveauté, l'amour de la beauté, la découverte de la nature et le goût de la culture. La morale s'affranchit d'un sentiment de culpabilité paralysant pour l'individu et se tourna vers un universalisme résolument optimiste et terrestre.

De l'Eglise d'Etat garante de l'autorité à une Eglise nationale au service de sa communauté régie par une Constitution
A Berne aussi, le piétisme et l'époque des Lumières ont suscité pendant plusieurs décennies de nombreuses controverses théologiques ou des conflits de politique ecclésiale. L'unité de l'Eglise en matière de doctrine et de vie religieuse appartenait définitivement au passé. C'est dans ce contexte particulièrement difficile que les acteurs de la vie de l'Eglise se sont efforcés, tout au long du 19e siècle, d'accompagner cette transition d'une Eglise garante de l'autorité héritée de l'ancien régime vers une Eglise d'Etat, multitudiniste et régie par une constitution.
L'Eglise réformée bernoise a toujours manifesté sa volonté de garder des liens étroits avec l'Etat. Mais, les appels à plus de liberté et d'autonomie dans la doctrine et le culte se faisaient toujours plus pressants dans les rangs même de l'Eglise. L'Etat se montra ouvert à la mise en place d'une nouvelle législation. La constitution de 1846 garantissait les droits de l'Eglise réformée évangélique de même que la liberté de culte dans les limites habituelles. Elle annonçait en outre l'élaboration de sa propre loi qui devait régler l'organisation du Synode. Le projet fut rapidement concrétisé et la loi sur l'organisation du Synode de l'Eglise réformée évangélique fut adoptée par le Grand Conseil en janvier 1852.
Au terme de cette loi, le Synode se compose des délégués de l'ensemble des arrondissements et représente l'Eglise nationale. Le Synode statue sur des décisions relatives aux affaires internes de l'Eglise. Un nouveau lien entre l'Eglise et l'Etat a été ainsi défini et a perduré jusqu'à nos jours.
L'Etat règle par la voie législative tout ce qui concerne les relations extérieures de l'Eglise; l'Eglise pour sa part se dote d'une constitution et prend des décisions souveraines pour ses affaires intérieures. Elle doit le faire en garantissant et en respectant la diversité des courants théologiques et des approches de la foi.

A Soleure

Après avoir introduit la Réforme sur son territoire, Berne a développé des efforts pour diffuser la foi nouvelle au-delà de ses frontières. Son attention se tourna d'abord vers Soleure. Berne détenait en effet les droits de justice dans les communes du Bucheckberg.
Dans une convention de 1538, Soleure reconnut l'autorité ecclésiastique de Berne dans les com-munes d'Aetingen, de Lüsslingen, Messen et Balm ainsi que pour les villages rattachés à des pa-roisses bernoises. Même dans les communes restées fidèles à la foi catholique, Berne engagea des pasteurs protestants (comme à Egerkingen, Granges et Olten). En ville de Soleure, Berne a soutenu un certain temps les réformés qui étaient alors majoritaires. Pendant plus de trois semaines, Berchtold Haller a prêché chaque jour à Soleure. En 1533, la ville repassa entièrement au catholicisme.
En 1880, l'Eglise bernoise comptait 193 paroisses, dont trois paroisses soleuroises. Aujourd'hui huit paroisses soleuroises dans la partie "haute" du canton sont membres des Eglises réformées Berne-Jura-Soleure. Toutes les initiatives menées jusqu'ici pour détacher ces paroisses de l'Eglise bernoise et les rattacher à l'Eglise soleuroise se sont révélées vaines. Bien que plus proches de Soleure que ne le sont des régions comme Olten, Kleinlützel ou le Schwarzbubenland, les communes de la partie haute du canton, se sentent plus proches confessionnellement et culturelle-ment, de leur voisin bernois.

Dans le Jura

Par une décision du Congrès de Vienne en 1815, le territoire de l"ancienne principauté épiscopale" (aujourd'hui République et canton du Jura) a été intégré dans le canton de Berne, faisant du canton une entité confessionnelle mixte. En tant que nouvelle capitale confédérale, la ville de Berne devait veiller à ce que les parlementaires fédéraux des cantons catholiques puissent suivre la messe pendant les sessions. L'Eglise Pierre et Paul près de l'Hôtel-du-Gouvernement (Rathaus), fut la première Eglise catholique à être construite après la Réforme. Elle est devenue ensuite Eglise catholique chrétienne. Avec la fondation du canton du Jura en 1978, s'est constituée l'Eglise évangélique réformée de la République et Canton du Jura, reconnue d'utilité publique. Les trois paroisses de Delémont, Porrentruy et des Franches-Montagnes lui sont rattachées. Avec l'Eglise évangélique-réformée du Canton de Berne, elle forme l'Union Synodale Berne-Jura. L'Eglise du Jura envoie trois délégués au Synode des Eglises réformées Berne-Jura-Soleure.